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Colonel Spontini

Colonel Spontini

« À l’inverse des hommes, l’océan se retire en gardant ses poissons » Pierre Dac


Frédéric Says a choisi son camp

Publié par Colonel Spontini sur 11 Mai 2021, 11:55am

Voici le texte de militaires d’active publié dans « Valeurs Actuelles »:

 

Monsieur le Président de la République,

Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires, officiers généraux, en vos grades et qualités,

On ne chante plus le septième couplet de la Marseillaise, dit « couplet des enfants ». Il est pourtant riche d’enseignements. Laissons-lui le soin de nous les prodiguer :

 

« Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus. Nous y trouverons leur poussière, et la trace de leurs vertus. Bien moins jaloux de leur survivre que de partager leur cercueil, nous aurons le sublime orgueil de les venger ou de les suivre »

Nos aînés, ce sont des combattants qui ont mérité qu’on les respecte. Ce sont par exemple les vieux soldats dont vous avez piétiné l’honneur ces dernières semaines. Ce sont ces milliers de serviteurs de la France, signataires d’une tribune de simple bon sens, des soldats qui ont donné leurs plus belles années pour défendre notre liberté, obéissant à vos ordres, pour faire vos guerres ou mettre en œuvre vos restrictions budgétaires, que vous avez salis alors que le peuple de France les soutenait.

Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux alors que leur seul tort est d’aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance.

Dans ces conditions, c’est à nous, qui sommes récemment entrés dans la carrière, d’entrer dans l’arène pour avoir simplement l’honneur d’y dire la vérité.

Nous sommes de ce que les journaux ont nommé « la génération du feu ». Hommes et femmes, militaires en activité, de toutes les armées et de tous les grades, de toutes les sensibilités, nous aimons notre pays. Ce sont nos seuls titres de gloire. Et si nous ne pouvons pas, réglementairement, nous exprimer à visage découvert, il nous est tout aussi impossible de nous taire.

Afghanistan, Mali, Centrafrique ou ailleurs, un certain nombre d’entre nous ont connu le feu ennemi. Certains y ont laissé des camarades. Ils ont offert leur peau pour détruire l’islamisme auquel vous faites des concessions sur notre sol.

Presque tous, nous avons connu l’opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. Nous avons subi les tentatives d’instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien -rien qu’un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine.

Nous avons défilé le 14 juillet. Et cette foule bienveillante et diverse, qui nous acclamait parce que nous en sommes l’émanation, on nous a demandé de nous en méfier pendant des mois, en nous interdisant de circuler en uniforme, en faisant de nous des victimes en puissance, sur un sol que nous sommes pourtant capables de défendre.

Oui, nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité. Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s’installer dans l’espace public, dans le débat public. Nous voyons la haine de la France et de son histoire devenir la norme.

Ce n’est peut-être pas à des militaires de dire cela, arguerez-vous. Bien au contraire : parce que nous sommes apolitiques dans nos appréciations de situation, c’est un constat professionnel que nous livrons. Car cette déchéance, nous l’avons vue dans bien des pays en crise. Elle précède l’effondrement. Elle annonce le chaos et la violence, et contrairement à ce que vous affirmez ici où là, ce chaos et cette violence ne viendront pas d’un « pronunciamento militaire » mais d’une insurrection civile.

Pour ergoter sur la forme de la tribune de nos aînés au lieu de reconnaître l’évidence de leurs constats, il faut être bien lâche. Pour invoquer un devoir de réserve mal interprété dans le but de faire taire des citoyens français, il faut être bien fourbe. Pour encourager les cadres dirigeants de l’armée à prendre position et à s’exposer, avant de les sanctionner rageusement dès qu’ils écrivent autre chose que des récits de batailles, il faut être bien pervers.

Lâcheté, fourberie, perversion : telle n’est pas notre vision de la hiérarchie.

L’armée est au contraire, par excellence, le lieu où l’on se parle vrai parce que l’on engage sa vie. C’est cette confiance en l’institution militaire que nous appelons de nos vœux.

Oui, si une guerre civile éclate, l’armée maintiendra l’ordre sur son propre sol, parce qu’on le lui demandera. C’est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible, nos aînés pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement.

Le cri d’alarme de nos Anciens renvoie enfin à de plus lointains échos. Nos aînés, ce sont les résistants de 1940, que, bien souvent, des gens comme vous traitaient de factieux, et qui ont continué le combat pendant que les légalistes, transis de peur, misaient déjà sur les concessions avec le mal pour limiter les dégâts ; ce sont les poilus de 14, qui mouraient pour quelques mètres de terre, alors que vous abandonnez, sans réagir, des quartiers entiers de notre pays à la loi du plus fort; ce sont tous les morts, célèbres ou anonymes, tombés au front ou après une vie de service.

Tous nos aînés, ceux qui ont fait de notre pays ce qu’il est, qui ont dessiné son territoire, défendu sa culture, donné ou reçu des ordres dans sa langue, ont-ils combattu pour que vous laissiez la France devenir un Etat failli, qui remplace son impuissance régalienne de plus en plus patente par une tyrannie brutale contre ceux de ses serviteurs qui veulent encore l’avertir ?

Agissez, Mesdames et Messieurs. Il ne s’agit pas, cette fois,  d’émotion sur commande, de formules toutes faites ou de médiatisation. Il ne s’agit pas de prolonger vos mandats ou d’en conquérir d’autres. Il s’agit de la survie de notre pays, de votre pays.

 

Maintenant voici la teneur du billet de Frédéric Says, journaliste à France Culture, en écho au texte précédent:

 

Le mot "tribune" est peut-être déjà trop flatteur pour ce procédé. Qu'on en juge : on ne connait ni les auteurs, ni leur fonction, ni leur nombre, ni leur légitimité.  

L'hebdomadaire Valeurs actuelles, très à droite, nous assure qu'il rassemble des militaires actuellement en service. Information invérifiable.

Et quand bien même elle serait vraie, combien sont les rédacteurs et les signataires ? Qu'ils soient 20 ou 2000, ce n'est déjà pas la même chose.

En réalité, cette ambiguïté est voulue. Imprécision volontaire de la démarche, qui passe nos esprits à la question : s'agit-il ici de quelques pieds-nickelés reconvertis sous l'uniforme kaki ? Ou bien de bataillons entiers ? Ou alors d'un quarteron d'officiers qui se rêvent en général Boulanger du XXIème siècle ? Ou bien des tacticiens politiques qui veulent peser sur le débat public à un an de la présidentielle ?

C'est ce halo, ce flou, cette ombre portée qui est recherchée.  

Il s'agit d'instiller du doute. Masquer le rapport de force. Asséner sans se découvrir.

Dès lors, compte-tenu de ces incertitudes, difficile de faire de ces quelques paragraphes anonymes l'objet d'un diagnostic politique approfondi.

Dans les pétitions, comme dans les élections, ceux qui ne se comptent pas... ne comptent pas.  

Même si l'ensemble des dirigeants politiques a réagi, hier...

Marine Le Pen s'est réjouit que le texte rejoigne ses constats, je cite. Un texte qui "reprend les mots de l'extrême-droite", d'après Adrien Quatennens, pour la France insoumise.

Et côté gouvernement ?  On aura remarqué qu'hier, les ministres missionnés pour répondre à cette tribune sont ceux qui viennent de la droite - est-ce parce qu'ils sont censés représenter l'ordre et l'autorité ? Gérald Darmanin et Bruno Le Maire ont eu des mots forts pour condamner... non pas le fond du texte mais plutôt la méthode : 

"C'est ça le courage, d'être anonyme ? Quand on veut faire de la politique, on se présente aux élections !" s'indigne le ministre de l'Intérieur sur BFM TV. Pendant ce temps, son collègue de l'Economie sur France Info évoque ainsi les signataires : "Ils dénoncent la perte de sens civique, l'affaiblissement des institutions... Mais ils y participent ! Puisqu'ils publient des tribunes, ce qui ne me semble pas la vocation première des armées"

Emmanuel Macron, lui, avait répondu par avance il y a trois jours. Lors de la cérémonie du 8-mai, à l'Arc de triomphe - image rarissime - il avait réuni autour de lui les chefs d’État-major, en cercle. Un cercle pour montrer que le dialogue n'est pas rompu, que l'autorité politique est bien là.  

Le même Emmanuel Macron avait accordé un entretien exclusif à Valeurs actuelles, il y a dix-huit mois. S'il en espérait de la gratitude, le voici servi.  

Sur le fond, cette tribune se revendique « apolitique », elle est pourtant très politique...

Oui, cette fois-ci, les auteurs ont tenté de camoufler un peu la menace de putsch, qui planait ouvertement dans la première tribune (signée, celle-ci, nominativement par des généraux à la retraite).  

Pour autant, le texte envisage la guerre civile comme un fait presque acquis. Chaos, violence, délitement, le vocabulaire est à l'avenant.

Le message et le ton employés veulent dire ceci :  

Soit vous êtes du côté de militaires protestataires allégués, soit vous êtes du côté du déclin.

Soit vous êtes pour l'intervention, soit vous êtes contre la France.  

Le procédé rhétorique est très politique. Clivage et simplisme, la recette est connue. Une résurrection de la vieille formule « choisis ton camp, camarade ».  

Bien sûr, cette rhétorique est servie par l'actualité, par la violence endémique. Les commissariats, les pompiers attaqués ce week-end, les meurtres du policier d'Avignon et de la mère de famille brûlée vive à Mérignac ont sans doute gonflé les effectifs des signataires.  

Eux-mêmes revendiquent l'expertise de terrain, celle du ressenti. Bien sûr, les petites violences du quotidien, qui passent sous les radars des statistiques, existent. Certes, un crachat, une insulte, un changement de trottoir ou un renoncement à sortir vu l'heure tardive ne donnent pas lieu à des plaintes mais dégradent objectivement les conditions de vie.

Pour autant, est-ce le rôle de l'armée de se constituer en baromètre politique ? Et surtout de revendiquer le monopole de la vérité, et partant, la légitimité d'une intervention ? Est-ce sa fonction de faire pression sur le gouvernement ? Si tant est, encore une fois, qu'il y ait véritablement des uniformes derrière ce texte.

C'est sans doute aussi - et d'abord - contre ce manichéisme et ces mystifications, qu'il va falloir résister d'ici à la présidentielle.

Frédéric Says

 

Par deux fois Frédéric Says reproche aux militaires de rester anonymes, reprenant ainsi l’argument identique de Gérald Darmanain, comme si les militaires d’active avaient le droit de signer de leurs noms. Ce n’est pas réglementaire comme ils disent, ils n’ont pas le droit de le faire, le réglement leur impose l’anonymat. Says et Darmanin font mine de l’oublier. Ensuite le journaliste critique le procédé consistant à exiger de « choisir son camp ». Lui même n’est pas le mieux placé pour avancer une telle critique puisqu’il a choisi le siens en manifestant son hostilité de façon très marquée. Il semblerait que le « billet politique » dispense le journaliste de la moindre objectivité et Frédéric Says ne se prive pas d’exprimer son opinion. Est-ce seulement la sienne ou celle de la rédaction ou même celle de toute la radio ? Au lieu de s’interroger sur les inquiétudes énoncées dans le texte, il imagine d’emblée un coup monté. Et il s’emploie à discréditer les auteurs par une ironie suggérant une opération menée par quelques illuminés. Ou alors, comme Marine Le Pen tente grossièrement de récupérer l’opération, il laisse entendre des liens avec l’extrème droite. Peut-être qu’Alain Finkelkraut fera une prochaine émission sur le sujet en dialoguant au téléphone avec quelques uns des auteurs du texte. Histoire de savoir plus précisément pourquoi ces militaires ont mis leur carrière en péril pour proclamer leur inquiétude.

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